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Conflit ou harcèlement à l’école primaire : repères de terrain pour intervenir sans se tromper

Conflit ou harcèleme

retour de formation harcèlement scolaire à Sedan

nt à l’école primaire : repères de terrain pour intervenir sans se tromper

Ce que je constate après une journée de formation


Je rentre d’une journée de formation sur le harcèlement scolaire en primaire, animée avec ma collègue Marine Brisset, auprès de plusieurs équipes éducatives réunies entre Vrignes-aux-Bois et Sedan, avec l’appui de notre collectif de formateurs AMIFOR.


Je suis satisfaite, parce que j’ai vu des professionnels reprendre des situations qu’ils portaient depuis des semaines — voir des mois — et les relire autrement, pas grâce à une “méthode miracle” de plus, mais parce que les termes se clarifiaient enfin.

Quand on arrête d’appeler “harcèlement” tout ce qui fait mal, et qu’on arrête aussi d’appeler “conflit” ce qui est déjà une mise à l’écart organisée, les décisions deviennent plus justes, et les adultes se sentent moins en difficulté.


Ce que j’aime dans ce travail, ce n’est pas d’apporter un discours ; c’est d’aider une équipe à retrouver un cadre commun, pour que chacun sache quoi regarder, quoi dire, quoi faire, et surtout quoi éviter, parce que certaines interventions, pourtant bien intentionnées, aggravent la dynamique.


Les retours de fin de journée étaient très clairs : une journée jugée « très enrichissante », une approche dite « positive » parce qu’elle remet l’élève au cœur des résolutions, une interactivité appréciée parce qu’on aime Marine et moi s’appuier sur du concret, et une qualité de cadre relevée à plusieurs reprises — dynamisme, pédagogie, bienveillance — qui nous permet de travailler un sujet sensible sans jugement et dans la bonne humeur !



Pourquoi on confond ?


À l’école primaire, les relations se nouent très vite, souvent à la récréation, dans un couloir, sur une place dans la file, ou dans ces micro-moments où l’adulte n’est pas tout à fait attentif à tous. Les enfants apprennent à négocier, à appartenir à un groupe, à tester des limites, et ils le font avec des compétences émotionnelles et relationnelles encore en construction, ce qui explique qu’on observe des conflits fréquents, souvent bruyants, parfois maladroits, sans que cela signe, à lui seul, un processus de harcèlement.


Le problème, c’est que le mot “harcèlement” est devenu un mot-valise, on en entend parler à tout bout de champs et on se précipite parfois en dramatisant ou en mimimisant, alors que ce qui compte n’est ni l’étiquette, ni l’intensité d’une scène, mais la mécanique relationnelle qui s’installe, et la place que chacun peut — ou ne peut plus — tenir dans cette mécanique.


Or cette confusion a un coût très concret.

Quand une situation de harcèlement est traitée comme un conflit, on invite souvent les enfants à “s’expliquer”, on renvoie dos à dos, on cherche une réconciliation rapide, et l’enfant ciblé comprend qu’il va devoir continuer à vivre dans le même système, avec la même asymétrie, parfois même avec une honte supplémentaire, parce qu’il a “dénoncé” ou "fait".


Conflit vs harcèlement : la différence se joue d’abord dans le rapport de force

Quand on parle de “conflit”, on imagine souvent une dispute, une montée de tension, un échange de mots durs, parfois même un geste ; or ce qui définit un conflit, ce n’est pas l’intensité de la scène, mais le fait que le rapport de force reste globalement égal, c’est-à-dire que chacun conserve, même maladroitement, une capacité à se défendre, à répondre, à poser un stop, à se tourner vers l’adulte sans être immédiatement réduit au silence.


Dans un conflit, il n’y a pas forcément de répétition, et il n’y a pas non plus une place figée : aujourd’hui l’un se met en colère, demain l’autre, et même si l’épisode laisse une trace, la relation n’est pas organisée autour d’un déséquilibre stable. On peut avoir un conflit bruyant, inconfortable, éprouvant à gérer pour un adulte, tout en restant dans un rapport relativement symétrique.


Le harcèlement, lui, commence précisément là où cette symétrie disparaît : quand un enfant n’a plus les moyens de se défendre, non pas parce qu’il “manque de caractère”, mais parce que la dynamique relationnelle le place en position d’infériorité, qu’il soit isolé, fragilisé, différent, nouveau, ou simplement devenu la cible “facile” d’un autre ou d’un groupe ; et c’est parce que cette place devient durable — parfois par répétition explicite, parfois parce que le groupe consolide la domination par des rires, des regards, des exclusions, des sous-entendus — que la situation change de nature.


C’est pour ça que la question clé n’est pas “est-ce que ça a été méchant ?”, ni même “est-ce que ça s’est reproduit ?”, mais plutôt : l’enfant peut-il se défendre à armes égales, ou est-il déjà coincé dans une position où, quoi qu’il fasse, il perd ?


Prenons deux scènes simples :

Quand deux élèves se disputent un ballon, se répondent, se plaignent tous les deux, et qu’on sent que chacun existe encore dans l’échange, on est dans un conflit, même si c’est pénible et que ça escalade vite ; en revanche, quand un élève est visé de façon répétée — surnoms, refus de jeu, humiliations “pour rire”, isolement organisé — et qu’il se met à éviter la cour, à se taire, ou à se replier socialement pour ne plus attirer l’attention, on n’est plus dans un conflit : on est dans une dynamique où le rapport de force s’est installé, et où l’enfant n’a plus de marge de manœuvre.


Ce qui piège souvent les adultes : les interventions “logiques” qui tombent à côté

Dans les équipes, je retrouve souvent les mêmes réflexes, parce qu’ils semblent raisonnables sur le moment.

“On va les mettre face à face.”“On va les faire s’excuser.”“On va leur demander de se réconcilier.”“On va rappeler la règle, et ça va rentrer dans l’ordre.”

Ces gestes fonctionnent parfois très bien… quand on est dans un conflit, parce que la symétrie permet la réparation.


Mais si vous êtes déjà dans une dynamique de harcèlement, le face-à-face peut renforcer la domination, l’excuse peut devenir une formalité humiliante, et la “réconciliation” peut être vécue par l’enfant ciblé comme une injonction à retourner dans le même système, avec les mêmes risques.

Donc ce qui protège c’est d'abord la bonne lecture de la situation.


Des repères pour agir sans stigmatiser

Si vous lisez ces lignes, c’est peut-être parce qu’une situation vous travaille, et que vous cherchez une façon d’être juste sans vous épuiser. Je vais donc rester au plus près des questions qui reviennent, en formation comme sur le terrain.


“Qu’est-ce que je dois regarder pour décider si je suis face à un conflit ou à autre chose ?”


Plutôt que de chercher un signe spectaculaire, regardez la position de l’enfant.

Est-ce qu’il peut répondre, se défendre, protester, s’appuyer sur des pairs, et rester dans la relation, même s’il pleure ou s’énerve ? Ou est-ce qu’il se tait, s’efface, évite, contourne, et finit par adapter sa présence au risque, parce qu’il a compris que le rapport de force n’est pas jouable ? (est-il absent, plus en retard, oubli t'il ses affaires ?)


Regardez aussi ce que fait le groupe, car le harcèlement se nourrit rarement d’un tête-à-tête : qui rit, qui suit, qui observe, qui s’écarte, qui protège, et qui se tait, non par méchanceté, mais parce qu’il a compris le code implicite de la cour (je ne dis rien car ce n'est pas mon copain/copine, je ne dis rien sinon il s'en prendra à moi la prochaine fois...)


“Que dire à l’enfant qui parle ?”

L’enfant n’a pas besoin d’un interrogatoire ; il a besoin de sentir que l’adulte prend le relais.

Une formulation simple convient très bien, parce qu’elle évite de promettre l’impossible tout en engageant un cadre :« Je t'ai entendu. Tu as bien fait d’en parler. Je vais désormais m’en occuper avec d’autres adultes. »


Ce que j’évite, dans un premier temps, c’est de chercher immédiatement “les preuves”, ou le "coupable"parce que l’enfant peut se rétracter si la pression monte, et ce que j’évite aussi, c’est de minimiser, parce que l'invalidation de ses propos renvoie l’enfant à sa solitude.

L’accueil de la parole est un acte de protection.


“Et l’enfant qui fait du mal : comment intervenir "

C’est souvent là que la tension est la plus forte chez les adultes, parce que vous tenez deux exigences en même temps : protéger l’enfant ciblé, et ne pas fabriquer une identité figée chez l’enfant qui a pris une position dominante.

C’est exactement l’intérêt d’approches comme la méthode de la préoccupation partagée, lorsqu’elles sont comprises dans leur esprit : on ne cherche pas à faire avouer, on ne cherche pas à punir pour punir, on cherche à déplacer la dynamique relationnelle, en s’appuyant sur la responsabilité possible de chacun de réparer, sans exposer.

Le résultat attendu est un changement concret dans le réel, observable dans la cour, dans la classe, dans les interactions.


“Pourquoi vous parlez d’approche positive : qu’est-ce que ça veut dire ?”

Quand on parle d’"approche positive”, on parle du fait que l’élève n’est pas traité comme un dossier, mais comme un acteur possible du changement.

Cela signifie que l’on protège sans enfermer, que l’on intervient sans fabriquer un coupable officiel, et que l’on cherche à restaurer de la capacité d’action chez l’enfant ciblé, tout en ramenant de la responsabilité chez ceux qui participent à la dynamiqueur (les spectateurs), que ce soit activement ou passivement.


“Qu’est-ce qui aide une équipe à tenir dans la durée ?”

Ce qui les aide, c’est un cadre commun qui tient sur quelques repères simples qu'on contruit avec eux lors de la deuxième journée avec la rédaction d'un protocole et d'une charte : comment on repère, comment on intervient, comment on suit, et comment on se coordonne pour que l’action ne repose pas sur une seule personne.

Quand ces repères sont partagés par une équipe ressources, l’équipe entière gagne en cohérence, et les élèves comprennent, souvent très vite, que le cadre n’est pas négociable.


Un grand merci à la Salle de Sedan pour la qualité de l’accueil et des conditions de travail, ainsi qu’aux équipes de l’école Saint-Joseph de Vrignes-aux-Bois et de l’école du Sacré-Cœur de Sedan pour leur présence, leur engagement et la richesse des échanges tout au long de la journée.Merci également à ma collègue Marine Brisset, pour cette journée menée ensemble avec fluidité et complémentarité, et au collectif AMIFOR pour la coordination, le soutien et la confiance.


Je termine avec une question, dans votre école (ou votre classe), qu’est-ce qui est le plus difficile aujourd’hui… distinguer, intervenir, ou tenir le suivi dans la durée ?

Conflit ou harcèlement à l’école primaire

Conflit ou harcèlement à l’école primaire



Conflit ou harcèlement à l’école primaire


Je suis Félicie Contenot, thérapeute psycho-émotionnelle, consultante et formatrice en compétences relationnelles et émotionnelles. J’accompagne en cabinet à Miribel (01), en visio, et j’interviens auprès des établissements scolaires qui souhaitent travailler ces situations avec un cadre clair, applicable, respectueux des enfants comme des équipes.

Si vous voulez en parler, ou si vous cherchez une intervention adaptée à votre contexte, vous pouvez me contacter


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